L’Art d’archerie

Il ne reste que quelques feuillets du premier livre d’archerie imprimé en français autour de la fin du quatorzième siècle. Les restes de ce livre édité par Michel Lenoir imprimeur à Paris entre 1492 & 1520 sont aujourd’hui à la bibliothèque de Toulouse.

 Voici ces pages…

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Le manuscrit de Gallice

En 1901 Henri Gallice publie le texte intégrale, d’après un manuscrit de sa collection personnelle, dont le texte correspond aux fragments de l’impression « Michel Lenoir ».

Voici ce texte…

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Préface

Dans une plaquette parue en 1874 : « Un Livre perdu et un mot retrouvé », le Dr Desbarreaux-Bernard, de Toulouse, signale la découverte faite par lui, dans un recueil factice de pièces imprimées aux XVIe et XVIIe siècles, du premier et du dernier feuillet de l’Art d’Archerie, publié à Paris par Michel Le Noir, probablement vers 1515. Michel Le Noir exerça le métier de libraire et d’imprimeur de 1492 à 1520. Il fut inhumé à Saint-Benoît le 29 septembre de cette même année. Nous possédons un manuscrit sur vélin de la fin du XVe siècle intitulé « La Fachon de tirer de larc a main ». En le rapprochant des fragments de l’Art d’Archerie, nous avons eu la joie de constater que nous avions là le texte de ce livre perdu. Nous avions eu la bonne fortune d’acquérir ce manuscrit du baron Pichon. Cette découverte est d’autant plus intéressante, que l’Art d’Archerie est le premier livre imprimé traitant spécialement du tir à l’arc ; le traité d’Ascham intitulé : « Toxophilus the schole of shootinge » ne datant que de 1545. Nous pensons être agréable aux amateurs d’Archerie en publiant cet ouvrage d’un anonyme, qui, d’après certaines locutions « fachon, commenchement, anchiens, amchoiz, adoulchissant, cherf, tierche », doit être originaire de Picardie, où le tir à l’arc continue à être fort en honneur. Grâce à l’extrême obligeance de notre ami, l’érudit M. A. Claudin, nous donnons la reproduction photographique du titre, de la table et du dernier feuillet contenant l’achevé d’imprimer ainsi que la marque de Michel Lenoir, d’après les fragments de l’art d’archerie, ayant appartenu au Dr Desbarreaux-Bernard, qui sont conservés aujourd’hui à la Bibliothèque de la ville de Toulouse. C’est un faible hommage rendu à la mémoire de celui qui nous a permis de retrouver le texte original et complet du « Livre Perdu ».

Henri Gallice, 8 Juillet 1901.

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LART DARCHERIE

PROLOGUE

 CY SENSIEUT UNG PETIT ET BEAU TRAITTIE
ENSEIGNANT LA FACHON DE TIRER DE LARC A MAIN.
FAIT ET COMPOSE PAR UNG QUI POINT
NE SE NOMME A LA REQUESTE DE PLUSIEURS
QUI DESIR AVOIENT DY APRENDRE.

Pour tant que plusieurs jeunes gens tant nobles comme aultres passent voulontiers temps a tyrer de larc. Et ne men donne point de merveilles. Considere que des le commenchement du monde, il a este en usaige, comme il appert par Lameth, au premier livre de la bible, qui en tiroit aux bestes. Et depuis continue par David, qui en prist son signe avec jonathas, comme il appert au premier livre des Roys. Encoires par Hercules, lequel fut le plus puissant archier de son temps, qui en tua le Jayant, qui lui avoit desrobe sa femme, au passer le fleuve, ainsi qu’il appert par son histoire. Comme aussi par le sagitaire, qui fut au temps des troyens. Et meismement, dist le livre appelle lart de guerre, que les anchiens aprenoient a leurs enffans a tyrer de larc, et les duisoient a tenir larc de la senestre main et tyrer de la droitte, comme plus sera declaire cy apres. Vegece dist que cest arc se voeult continuer et souvent excercer et meismes des bons maistres et que lusage en soit necessaire. Dist Cathon, en son livre, que moult proufitent bons archiers en bataille ; et ce tesmoingne Claudius, qui dist que par les archiers estoient plusieurs fois sourmontez ses enemiz en bataille, a tout peu de gens ; et semblablement le tesmoingne le vaillant Scipion laffrican. Et que en livre, que jamais je leusse, je nen trouvay riens par escript senon au livre de Modus et Racio, lequel racompte que Sexmodus enseigna a son fils Tarquin a tirer de larc ; lequel Tarquin fut tant juste archier que, pour trente dextres de loing, il ne failloit point qu’il ne touchast une pomme fichiee en la pointe de ung pieu. Et pour tant que, a cause de maladie, me a este force de habandonner ledit excercice, ay ferme mon propos, pour passer temps, de mettre par escript ce qui est venu a ma cognoissance pour plus esmouvoir ceulz qui ont voulente de y aprendre. Et, comme dist le philozophe, tant plus sont les choses congneues estre bonnes, et plus sont dignes destre amees et cher tenues. Or est il ainsi que les archiers ont par plusieurs fois garde, durant les guerres, les Roiaulmes et pays ou ils estoient destre pilliez et non pas seulement leur Roiaulme. Amchoiz ont este cause de en conquerre des autres, car plusieurs grans batailles en ce Royaulme et ailleurs se sont trouvees gaingnees par les archiers. Si est bien raison que il soit mis a la clere cognoissance des hommes, lequel se divisera en cinq parties principales, dont en la premiere il parle de larc, en la seconde des cornettes, en la tierce de la corde, en la quarte du trait, et en la quinte et derniere la maniere de tyrer. Et pour tant que je cognoiz que plusieurs y prendent plaisir, je me suis delibere den mettre quelque chose, par maniere de passe temps, par escript. Non pas que je ne cognoisse bien quil en est plusieurs qui mieulz se y cognoissent que moy, et quil nest ja besoing que je parle latin devant les cordeliers, mais seulement pour tant que vouldroie que chascun fust bon archier, requerant que se faulte y a quon le voeule amender, et ce que trouve sera qui poeult servir quon le prendre en gre.

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PREMIER CHAPITRE

DE LA NAISSANCE DU BOIZ POUR FAIRE LES ARCS

Puis que ainsi est que la premiere partie de ce traittie doibt parler de larc, vous devez savoir quen larc y est trouve trois choses, cest a entendre le boiz, la fachon et les cornettes. Premierement de tous boiz poeult on faire arcs, mais les meilleurs sont de yf. Et a ce propos, dist petrus de Crescens que le yf ne sert a gaire autre chose que a faire arcs ou arbalestres, et en est de deux manieres, cest assavoir de blanc et du rouge. Car le blanc yf est nomme yf de portingal, lequel est par coustume lasche et si est aussi de grosse seve. Et tout bois tant plus est de grosse seve et tant plus est voulontiers lasche. Et dautrepart le yf plus rouge nous le appellons yf de rommenie. Cellui se treuve de trop plus delye seve que nul aultre, et aussi chasse il plus vistement, et si est plus longuement ferme sans comparoison que le blanc ; aussi est il plus dur a ouvrer et a mettre sur la corde pour la premiere fois, plus dangereuz a rompre que le blanc de portingal. Et se bien voulez cognoistre les meilleurs quartiers darc, regardez les sur le coste les plus delies seves et les plus longues ; et se telz les trouvez, soiez tout certain que tel bois est moult bon et propice pour tyrer au loing, ainsi comme je vous voeul bien cy apres declairer quant temps et lieu sera. Combien que par cy devant jay veu faire de fort loingtains coups de ung arc a main de burge espine, et pareillement de seshuz, voire pour ung coup et non plus. Et touteffoiz la burge espine et le seshus sont de contraire nature lun a lautre. Mais si tost quon en a tire ung coup ou deux, de plus en plus se treuvent lasces. Et les autres de yf sont moult bons pour tyrer a la butte, ainsi comme je dirai et declaireray plus au long au premier et prochain chapitre.

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SECOND CHAPITRE

DE LA FACHON DES ARCS A MAIN

On fait arcs de deux fachons, lesquels servent a tirer en trois manieres, cest a entendre des quarrez et des ronds. Les quarrez servent a tyrer a la bute pour trois raisons ; la premiere est pour tant quil y a plus de dos, et a ceste cause sont plus durables ; la seconde pour tant que la flesce sy couche mieulx, et la tierce pour ce quilz sont plus propices a tyrer droit, et tiennent mieulx leurs coups. Et doit estre ung arc pour tirer a la butte et aux chapperons tout dune sorte. On en fait aussi de ronds en deux manieres pour tyrer au chapperon et au loing. Ceulz qui sont pour tyrer au chapperon ont plus de dos que les autres, pour ce quil en fault tyrer plus de coups, et se ils en avoient peu ils ne le pouroient endurer. Et ceulz que lon fait pour tirer au loing moins en ont et mieulx valent, car le doz ne les fait que endormir et appesantir. Sexmodus en parlant a son filz Tarquin dist : « Ton arc, se tu voelz quil te dure, doit avoir deux petites poignies plus de long que la longeur deux fois de la flesce ». Mais cestui Sexmodus nentend point de ceulz pour tirer au loing, car il ne doit avoir que la poingnie de quoy on tient larc franche aveuc lesdites deux longueurs ; et nen doit on tirer par jour que deux ou trois coups au plus. Et doit estre plus fort tout arc dessus que dessoubz pour trois raisons ; la premiere est que on a deux dois dessoubz la flesche, et la main de quoy on la tient quy, par droit, doit estre au milieu. La seconde raison si est que tout arc, qui de sa fachon fourchasse, tyre tousiours du coste dont larc est le plus foible, et, quant il advient que larc est fort dessoubz, il le boute et envoie plus hault, et de tant chiet il plus longuement. La tierche cause si est pour tant que tous hommes, qui voeulent tyrer au loing, doibvent pour le plus avantageuz tyrer avecques le vent et hault ; mais touteffois chascun nest point advise de ce faire. Et sachies que quant larc est plus fort dessoubz, voulontiers supplee ce deffault. Et doibt pour le mieulx ledit arc estre fort dentree adoulchissant jusques a une bonne paulme pres du fons, et adont ung petit duret. Car combien que la principalle escousse viengne des bouts, neantmains ne pourroit elle estre tres bonne se elle nestoit aucunement confortee du mylieu. Et doibt estre tout bon arc et bien ordonne gresle et delye empres les cornettes le plus que bonnement faire se poeult. Car de tant quil est plus gresle et delye en adeliant du mylieu en amont, et ainsi par en bas de tant doibt il par droit avoir plus grant et plus aspre escousse, et en ce il na point de faulte.

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TROISIEME CHAPITRE

DES CORNETTES POUR LES ARCS

Puis que jay parle du boiz et de la fachon des arcs, cest raison que je die quelque chose des cornettes. On fait coustumierement aux arcs des cornettes de corne de vaches, et la raison si est pour ce quelle est plus molle et plus endormie, et est bien propice aux arcs quarrez et aux arcs rondz, de quoy on tire aux chapperons, car elle na pas trop rude escousse. Mais pour tirer au loing elles valent mieulz des bouts de cornes dun cherf, car plus est la corne dure et plus donne grant escousse a larc. Et devez savoir que toute corne doibt estre grossete envers larc affin que la corde naproce point si pres du boiz, et plus est courte et meilleure est, mais que on puist bender larc. Aulcunes gens font encorner leurs arcs dargent, mais je nappreuve point ce estre utile ne prouffitable, car jay esprouve lun et lautre.

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QUATRIEME CHAPITRE

DES CORDES POUR LES ARCS

En la seconde partie de ce present livre, qui doit parler des cordes, vous sera dit de combien de fachons on doit faire les cordes et la matiere de quoy on les fait pour les meilleurs. On fait cordes a arc de soye verte et de chanvre. Les cordes que on fait de soie verte sont bonnes a tirer au loing pour trois raisons, comme dist Sexmodux. La premiere, si est que la soye est si forte que elle dure plus sans rompre que nulle aultre chose. La seconde, si est que on la poeult faire si gresle que lon voeult. Et la tierche, quant elle est si bien assemblee elle est tant singlant quelle envoie son trait si loing et si donne plus grans coups que nulle autre chose fait. Et doibt estre verte la droitte soye et bonne pour tant quelle nest point brulee a la tainture, car elle vient ainsi de ses vers. Lautre matiere de quoy lon fait les cordes cest de chanvre, et en est de deux fachons de mascle et de femelle. Le mascle est gros et rude, et pour ce ne vault il rien pour cordes darc. Et la femelle y est bonne mais que elle soit bien esleute et tresbien choisie. Et ne doit point estre une bonne corde collee mais gommee. Et si doibt estre lueillet le plus petit que faire se poeult bonnement, et estendue fort a bonne pierres de fais. Et se bien voulez cognoistre une bonne corde, destordez la par le mylieu, et se vous trouvez les trois cordons sans tenir lun a lautre sachiez quelle est bonne, moiennant toutefois que quant elle sera en son entier quelle soit dure et ferme, car comme plus est dure tant mieulz vault.

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CINQUIEME CHAPITRE

DU TRAIT APPARTENANT A LARC

Et pour moy bien acquiter, il fault que je parle en ceste tierce partie du trait, puis que jay parle en la premiere et en la seconde des arcs et des cordes. Vous devez savoir que il nest que de deux fachons de trait, cest a entendre de trait colle et de trait cyre. Le trait cyre est de deux fachons don’t lun est empenne du hault coste de la penne et nest fors pour tyrer a la bute, et laultre est empenne du dosset et sont propices et bons a tirer aux chapperons. Et devez entendre que rond bon trait cyre doit estre empenne de cisne reserve ceulz a tirer au loing dont je parlerai cy apres. On en fait et empenne bien de pennes doie, mais il nest pas si bon et nest trait que pour artillerie. On empenne aussi du trait cyre de plumes de gerfault, elles seroient meilleurs, lesquelles sont propices et bonnes a tirer au loing et non autrement. Mais quelles soient ferrees de ung fer bien legier, et ne doibvent estre lesdittes flesches gaires plus grosses que ung volet, et du plus legier bois et plus roide, comme je diray cy apres. Se le fer de ta flesce est legier les pennons doivent estre bas tailliez et plus cours, et se il est pesant il doit estre plus hault et plus long. Les flesches a tirer a la bute et aux chapperons doivent avoir le barbiau a lendroit de lencoce de la flesce, et a celles a tirer au loing il ny a point de dangier, car le fer doit estre tout rond comme une corne. Plus est dure la soye sur la cyre et plus est le trait errant et plus dure. Et ne doit pas estre le boiz fort cuit et par especial de flesces a tirer au loing, car elles sen rompent plustost a lescousse. Toute bonne flesce pour tirer a la bute et aux chaperons doit estre de tranne sechie a par lui sans ayde de feu ung an ou deux. Les flesches a tyrer au loing se peuvent bien faire daultre bois plu roide comme de boulle et de cerisier. On fait bien des flesches de fresne, maiz elles ne servent que a esprouver harnois. Elles doivent estre grosses envers le fer et menues envers le bout des pennes pour lescousse. On fait pareillement du trait creuz en fachon de matras a longue teste, et ne servent que a mettre ung volet dedans a tirer au loing pour gaigure, et ont verni dessus et dessoubz; et ce souffisse quant au trait cyre. On fait des flesches toutes pareilles a tyrer au loing pour en bailler le chois a son compaignon, et ny a point de faulte que cellui qui choisit ne le perde se daventure ilz sont a plains champs, car lune sert a tirer contre vent et lautre avant vent.

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SIXIEME CHAPITRE

DU TRAIT COLLE

Il est de deux fachons de trait colle, cest assavoir de tacles et de vollets. Les tacles sont par coustume groz de bois et ont haulte penne de cisne et moult grandes en fachon de vollets, et ont les fers ronds, et le propre trait de quoy les Anglois tirent a la butte et au chapperons, car ilz le treuvent et aussi est il plus juste que nul quelque trait cyre. Et pour savoir que cest que de tacle, selon les anglois tout trait colle et ferre est dit tacle soit gros ou menu.

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SEPTIEME CHAPITRE

DES VOLLETS A TYRER DE LARC

Tout vollet doit estre de bois legier et roide. Et ne sont pas les vollets de pardeca si bons que ceulz dangleterre, par faulte que pardeca nous navons pas du boiz tel don’t les angloiz font les bons volets, et a ceste cause nest il vollet que dangleterre, car ledit boiz est plus legier et plus roide que bois que nous ayons pardeca. Et doit tout vollet estre empenne de coulon ou de canart, et ne y a en chascune aile que une plume bonne, cest a savoir le sarciau. Ung vollet proprement est ung delie trait qui va plus loing que tout aultre trait a petite plume, et peutestre encorne de ferre ; dont il en est qui nont que troiz plumes, des autres qui en ont six, et des autres qui en ont neuf. Ceulz a six pennes ont les premieres plumes, ainsi que ceulz qui nen ont que trois et les autres, au milieu desdites plumes et de la cornette den bas, et sont plus petites que celles den hault, et doit estre ferre de ung fer peu pesant. Ceulz a neuf plumes les ont assez justement entre les plus haultes et les cornettes den bas, et de tant que ilz ont plus de plumes il leur fault plus pesant fer. Et a la verite ce nest que une monstre, car ilz valent peu a tirer. Mais les meilleurs sont ceulz a trois plumes, et en est de deux fachons, ces assavoir des creuz et des massiz. Les creuz sont creuz depuis la corne den baz jusques a troiz doiz petiz prez des plumes ; aulcuns les emplissent de ung petit de plomb et les autres de vif argent ; et sont les plus avantageuz. Les autres sont tous massifs et sont les plus honnestes a tyrer. Car les creuz sont reputez pour deshonnestes pour lavantage qui y est, laquele on ne voit mie. Et ont lesdis volets les plumes a trois petits dois pres de la coche.

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HUITIEME CHAPITRE

DE METTRE LA CORDE SUR LARC

Puis que je vous ay dit de la fachon de larc et des cordes et du trait, bien peu vous serviroie et sevir pourroie se ne parloie de la fachon pour la mettre sur larc. Vous devez mettre la begue de vostre corde dedens la coche du bout de hault, et la tyrer fort le long de larc,et la prendre trois doiz plus court pres de la cornette, et en faire ung las courant sans neu, et y tourner moins de tours que on poeult, car moins y en a et mieulz y vault car mieulz chace. Et doit avoir tout arc a tirer au droit ung petit moins de demy pie de tente. Sil est revers ou se il revient a corde il le fault corrigier selon ce, car se il est revers il lui en fault plus, et sil revient a corde il lui en fault moins.

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NEUVIEME CHAPITRE

DE LA MANIERE DE TIRER DE LARC

Ung archier qui voeult avoir belle maniere de tirer doit avoir plusieurs regarts tant a son corps comme a ses pies, comme dist ung livre intitule lart de guerre. Premierement ses flesces au coste destre pour ce que lespee est au coste senestre. Et doit peser son arc sur le pousse de la main dont il le tient en tirant, et le mettre justement en balance pour tirer a la bute. Et se larc est bien fait il sera plus long dessus que dessoubz. Et ce temps pendant doit tirer sa flesce a deux fois hors de la trousse, et la cause si est se il navoit moult long bras il faudroit que les flesces demourassent enserrees dedens la trousse de quoy les pennes empirroient. Et en la tenant par le mylieu la doit on bouter dedens son arc, et puis la prendre entre deux dois ; et devez savoir que cest entre le doy qui est aupres du pousse et le grant doy. Et doit tout bon archier tirer a troiz doys comme jay dit devant, et amener sa flesce a son tetin destre, et en ce faisant il y gaingne longueur de trait. Il doibt avoir lun pie devant lautre du coste de quoy on tient larc, et ne doit avoir que la pointe a terre, affin quen rasseant le talon sans desmarchier, baille escousse a la flesce et tourne le coste a la butte. Et quant ce vient au tirer, len poeult tirer en deux fachons ; les ungs tirent de hault et les autres de bas, et sont toutes deux bonnes en diverses fachons. Celle de bas est bonne a tirer a la bute et aux chaperons, et se monstre un archier plus nayf que a tirer de hault, moiennant que la desmarce sacorde bien au descochier, et aussi il est plus couvert au besoing a cause quil ne haulce point le bras si hault. Et devez savoir aussi quilz sont plusieurs manieres de descochier, et tient tout a deux choses : a la main de quoy on tire, car on doibt avoir et tenir la corde en la deuxieme jointe du doy aupres du pousse et en la premiere jointe du doy qui est entre le grant doy et le petit, et a la marche de quoy il est de trois manieres, cest assavoir a ung pas a deux et a trois. Celle a ung pas se fait en deux fachons ; lune en marchant de pie du coste de quoy on tient larc, lautre en mettant son bras en arriere en enffonsant son arc et son trait et desmarchier de lautre pie ; laquele desmarche fait revenir le bras en sa droitture, maiz que elle soit grande et forte en arriere. Les aultres deux fachons sont a deux et trois desmarches. A tyrer a deux desmarches il fault desmarchier du piet de derriere a coste tellement que le pie de devant viengne a point a donner lescousse au descochier. Et pour les trois fault desmarchier du coste de quoy on tient larc et en enfourant comme dessus est dit et puis de lautre en arriere tellement que quant ce vient au descochier on puist marchier du premier pie de quoy on a commenchie. Ung bon archier selon lusage doibt tyrer dix palmes de trait. Il en est bien qui en tirent plus, mais de tant que ilz en tirent plus le coup en estmoindre. Il est bien de bons archiers qui ne tirent pas si long trait et pour tant ne laissent ilz mie a faire de grans coups et de grans fausses aussi grans comme les aultres ; mais se leur croisie se y poeult estendre ilz doibvent tyrer de la ditte mesure, car ilz en sont plus beaulz archiers. Et oze bien dire que il est impossible de tyrer long trait de laide maniere se il est en fonse. Se vous voulez estre bon archier vous devez tyrer en deux manieres ; lune aux butes et soubz la toille, et l’autre aux chapperons. Car on aprent mieulz a tirer soubz la toille que en aultre fachon, et a celle fin que vous sachies comment la toille doibt estre mise je le vous diray. La toille doit estre mise au travers de la butte et au mylieu autant de pies de hault comme il y a de dix pas entre les deux butes. Comme se il a cent pas elle doit estre de dix pies de hault, et doit estre bordee par en bas de sonnettes a celle fin que se il ny touchoit que la plume de la flesche que on le sache et que on les oye sonner. Et doit avoir la ditte toile demie aulne de large du moins, affin que on puist mieulz jugier de la verite. Et a tirer aux chapperons on doit tirer des arcs ronds comme dit est devant. Et doibvent estre entre bons archiers de trois cens pas de long. Combien que autrefois jay veu tirer a quatre cens pas, mais il convenoit que ce feussent bons exquiz archiers.

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LA CONCLUSION

DE CE TRAITTIE

Puis que jay parle des quatre poins contenuz au prologue de ce traittie, je me puis bien taire. Car quant je lencommencay je nentendoie point a dire tout ce qui est dit audit passetemps, maiz seulement ce que jen ay veu et sceu par les bons archiers, et aussi que jay experimente. Si prie a tous ceulz qui le traittie lyront ou orront lyre quilz voeullent corriger les faultes saucunes en y a et suppleer courtoisement a mon ygnorance.

EXPLICIT

(Texte tiré du livre Lart Darcherie aux éditions émotion primitive)