Historique du tir à l’arc

L’exercice de la vertu

Noble jeu d’arc, car sa finalité est autant éducative que militaire. Roger Ascham, à travers son livre Toxophilus écrit en 1544, nous montre l’évolution et la place de l’arc dans la société anglaise : le tir à l’arc perd toute sa noblesse et son rôle éducatif pour ne devenir qu’un simple « loisir », ce qui est pour lui la pire décadence possible !

Avant dearcher devenir un loisir, le tir à l’arc et l’entraînement qu’il nécessite ont une place de choix dans la société du plus simple des sujets jusqu’au plus noble des princes, de nombreux textes l’attestent à commencer par Roger Ascham lui-même : «Mon propos est honnête car il traite d’un passe temps honnête pour l’esprit, sain pour le corps, convenant a tout homme, vil pour aucun, se servant de la lumière du jour et de l’espace pour être guidé par l’honnêteté, ne se cachant pas dans les recoins et le désordre». L’évêque anglais Latimer dans son sermon en 1549 en présence du Roi : «Ce fut l’instrument de Dieu qui nous permit d’obtenir maintes victoires sur nos ennemis. Mais maintenant on se débauche en ville au lieu de s’exercer dans les champs… Mon père m’apprit comment bander, comment coucher mon corps dans l’arc, comment ne pas tirer avec la puissance de mes bras comme le font les autres nations, mais avec la force de mon corps… plus je grandissais, plus mes arcs devenaient grands, car l’homme ne tire bien que s’il grandit avec son arc».

Ces exemples attestent de l’importance donnée à l’enseignement de « l’art d’archerie », ce noble jeu à nul autre pareil.

Et l’on n’a pas attendu 1544, pour le comprendre : tous les autres jeux étaient loin d’être reconnus comme lui : le 3 avril 1369, Charles V édite une ordonnance interdisant sous peine de 40 sols d’amende, tous jeux qui n’exercent point au maniement des armes. Edouard III, quant à lui, avait «défendu sous peine de mort, par tout le royaume d’Angleterre de se divertir à un autre jeu que celui de l’arc à main et des flèches». Tandis que Edouard IV se préoccupe sérieusement de la qualité des archers anglais, «Chaque anglais doit posséder son arc personnel, adapté à sa taille ; il doit être en if, en orme, noisetier, en frêne, en châtaignier, ou tout autre bois convenable.» et interdit les autres jeux «de dés, tennis, et nouveaux jeux » !

Les concours de tir sont les meilleurs stimulants pour promouvoir le savoir faire des archers, Chaque ville se doit d’avoir ses cibles, utilisables les jours fériés, et parfois celui qui manque la cible doit payer une amende ! Pour le tir à l’oiseau, le gagnant est dans sa ville affranchi de corvées, d’impôts, et même dans certaines régions comme la Bretagne on peut attribuer la noblesse héréditaire à celui qui abat trois fois l’oiseau !

Il est vrai qu’il est toujours un peu irritant de parler beaucoup de l’Angleterre lorsqu’on parle de l’arc, mais Gaston Phoebus lui même le reconnaît dans son livre Des deduits de la chasse : «Des arcs ne sais-je pas trop, mais qui plus en voudra savoir, qu’il aille en Angleterre, car c’est leur droit métier».

Roger Ascham cite de nombreuses fois les auteurs de l’antiquité et s’il est une phrase qui résume toute sa pensée, c’est celle d’Aristote bien en place dans son ouvrage :

«Le tir à l’arc ressemble à l’exercice de la vertu»

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Toxophilus, la traduction française

En 1544, Roger ASCHAM, auteur anglais, écrivit un livre qui présente aujourd’hui un immense intérêt historique. D’abord ce livre fut écrit en anglais, ce qui était une révolution à cette époque où tout livre était écrit en latin exclusivement, et ce à travers toute l’Europe. Roger ASCHAM fut le premier à vouloir que son livre soit lu par la majeure partie du peuple anglais, et non réservé à une élite.toxophilus1

Ce livre présente dans toute sa première partie l’intérêt de l’enseignement du tir à l’arc dans l’éducation de tous les sujets anglais, du plus petit sujet au plus grand des Princes. A travers sa démonstration, on perçoit réellement la structure de la société anglaise au XVIème siècle. Dans la deuxième partie, l’auteur enseigne à son élève l’art de bien tirer à l’arc et de bien choisir son matériel. Ce livre est en quelque sorte la bible de référence de tout archer.

Notre confrérie a traduit cet ouvrage en français, la première édition (1998) fut rapidement épuisée. Le hasard et les rencontres nous ont fait rencontrer les éditions émotion primitive, spécialisées dans l’archerie et la forge donc nous leur avons confié la réédition de notre Toxophilus. Ce livre est toujours disponible aux éditions émotion primitive.